« Lorsque l'on baigne, comme c'est mon cas, depuis des années dans le milieu de la création d'entreprises, on réalise vite qu'il existe une multitude de profils d'entrepreneurs. Certains sont mus uniquement par la motivation financière, d'autres voient dans l'entreprise le moyen de concrétiser leurs idées ou leur vision de l'avenir.


La légende veut que Steve Jobs, dans ses dernières années, se soit exprimé devant un parterre d'étudiants américains et leur ai formulé des recommandations simples qui pourraient se résumer en substance à : ne créez pas d'entreprise pour devenir riche,  créez une entreprise autour de l'une de vos passions, vivez de votre passion, ce qui sera le meilleur moteur de développement sur le long terme de votre entreprise.

Lorsque l'on connait le cycle de vie d'une entreprise, avec ses hauts et ses bas, qui sont parfois des très hauts et des très bas, on comprend que la passion est l’une des clés permettant de traverser ces turbulences et souvent de dépasser ses propres limites.

Si l'on creuse ce qu'il y a derrière la passion, on s'aperçoit qu'il y a souvent la volonté de réaliser des  choses, de construire des édifices, des systèmes, des organisations. C'est le même type de dynamique que l'on trouve chez les enfants lorsqu'ils jouent au Lego ou lorsqu'ils construisent des châteaux de sables.

Comme le souligne Hassan Hachem, un dirigeant d'entreprise reconnu dans les milieux d'affaires africains et très attaché à la France « Dans un jeu de Lego comme dans la création d'entreprise, le constructeur trouve deux sources de satisfaction : la réalisation finale elle-même que l'on peut contempler et qui rend compte de notre capacité à réaliser de jolies choses, mais aussi le processus de création, l'organisation du projet, la réunion puis l'assemblage des différentes pièces nécessaires à la construction. Je ne peux donc que conseiller pour garder la motivation de ne jamais perdre les deux aspects de l'entrepreneuriat". Cette vision de la création d'entreprise, si elle  ne m’est pas propre à Hassan Hachem, elle n'est pas partagée par tous les entrepreneurs. Pour certains, l'entreprise n'est pas une finalité, mais un moyen d'atteindre un autre objectif : s'enrichir. Pour les entrepreneurs de ma catégorie d'Hassan Hachem, l'entreprise est le moyen de réaliser des projets et l'enrichissement n'est que la résultante d'un projet mené à son terme et en même temps l’une des conditions de la pérennité de ce qui a été construit (les bénéfices qui enrichissent l'entrepreneur étant les mêmes que ceux qui permettent à l'entreprise d'investir et de préparer son avenir).

Chez ce type d'entrepreneur, le regard sur l'ensemble des entreprises créées rejoint celui du collectionneur qui contemple avec satisfaction sa collection de trains miniatures, de bandes dessinées, de sabres japonais ou encore de trophées sportifs. C'est la résultante d'un investissement de long terme, la preuve des capacités de réalisation de l'entrepreneur autant que du fait qu'il ait été capable d'aller plus loin dans ses réalisations que le commun des mortels.

C'est un des aspects méconnu de la création d'entreprise que ce rapport à la réalisation chez certains qui contraste avec les motivations de ceux qui se concentrent sur l'enrichissement ou de ceux qui sont entrepreneurs par nécessité, ceux qui créent leur entreprise pour créer leur propre emploi, sans avoir la passion et qui ressentent beaucoup le stress lié au statut d'entrepreneur. Et si la passion et le souhait de réaliser des choses étaient la meilleure garantie de bien vivre sa condition d'entrepreneur ?